La courbe thermique

La réalisation et l'interprétation de la courbe de température méritent d'emblée un développement particulier.
Il est en effet inutile, en son absence, de tenter de caractériser, donc de traiter la plupart des problèmes endocriniens en gynécologie.
C'est le seul examen complémentaire qui soit toujours indispensable, et qui, de plus, présente la caractéristique d'être gratuit et à la portée de tous. C'est sans doute cette dernière particularité qui explique la désaffection relative à son égard, à une époque de technicité toujours plus poussée.
Il est aisé de montrer pourquoi cette évaluation est la plus précieuse de toutes, à condition que la courbe thermique soit correctement réalisée et interprétée, et, inversement, qu'il ne lui soit pas demandé des précisions qu'elle ne peut pas fournir.
Deux objections sont élevées dès qu'il s'agit de courbe thermique: la difficulté à les obtenir des patientes d'une part, la difficulté à les lire d'autre part. L'expérience montre que la première objection est facilement surmontée, à condition que le médecin lui-même soit persuadé de l'utilité de la courbe thermique et qu'il explique à la patiente les données qu'il en attend. La seconde objection disparaît si réalisation et interprétation de la courbe sont correctement faites.
La réalisation de la courbe thermique
Pour être comparable d'un jour à l'autre, la température basale doit être prise dans les conditions
précises:
Toujours avec le même thermomètre;
Toujours de la même manière, la voie elle-même étant sans importance (rectale ou vaginale, mais aussi buccale ou axillaire) car il s'agit d'une mesure comparative;
Le matin, au réveil, avant toute activité. L'heure de la mesure et ses variations d'un jour à l'autre n'ont pas d'importance pourvu que la température soit effectivement prise au réveil définitif
Ainsi mesurée tous les matins, même pendant les règles et tout saignement génital, au réveil, la température doit être reportée sur une feuille spéciale.
Il faut signaler à ce sujet que la plupart des modèles de feuilles de température à la disposition du praticien ou des patientes ont un format trop réduit ou une échelle inadaptée, ce qui en gêne l'interprétation. Il est nécessaire de disposer de feuilles d'un format suffisant avec une échelle parfaitement lisible entre 36° et 37°C, sur lesquelles les variations thermiques apparaîtront nettement, et où il sera possible de noter d'autres indications importantes.
L'interprétation de la courbe de température
La prise correcte de la température basale et son report sur des feuilles très lisibles font déjà disparaître la plus grande partie des difficultés d'interprétation de la courbe ménothermique.

Au cours d'un cycle normal,
on voit pendant les jours qui suivent les règles la température basale se maintenir autour de 36,5° C; à un moment donné, de manière brusque ou en plusieurs jours, on voit cette température augmenter de 3 à 4 dixièmes de degré: ce décalage thermique est post ovulatoire, provoqué par l'action sur les centres thermorégulateurs hypothalamiques de la norépinéphrine dont le métabolisme est modifié sous l'action de la progestérone lutéale. Dès lors, la température va se maintenir à ce niveau plus élevé (plateau thermique) pendant 12 à 14 jours, et s'abaisse la veille, le jour des règles ou peu après leur début..
On peut ainsi noter, au cours d'un cycle ovulatoire normal:
Que la température ne se maintient pas au même niveau d'un jour à l'autre. Il existe des variations, des pics plus ou moins prononcés et sans lendemain, sans signification particulière: la seule variation thermique importante est le plateau thermique qui se maintient sur plusieurs jours.
Que l'ovulation n'est pas prévisible par la courbe thermique la température s'élevant après l'ovulation seulement;
Que l'ovulation est théoriquement repérée comme étant le jour du dernier point bas de la courbe, quelle que soit l'allure du décalage thermique;
Que les variations de longueur du cycle s'effectuent aux dépens de la phase pré ovulatoire seulement: dès que l'ovulation a eu lieu, les règles apparaissent dans les 12 à 14 jours suivants, quelle que soit la longueur du cycle.
Enfin, qu'il n'existe pas de degré " normal " de température. Chaque patiente a sa température de base: le niveau atteint par la température au cours de la phase post ovulatoire ne dépend que du niveau de température de la phase pré ovulatoire, et ne comporte en soi aucune valeur qualitative. Le fait que le plateau thermique post ovulatoire se situe à 37° ou au-dessus est inconstant et ne permet pas de préjuger de la normalité d'un cycle. Seul l'aspect bi phasique de la courbe est important à considérer, les niveaux respectifs de température pré et post ovulatoire n'ayant pas d'intérêt particulier.
En clinique,
la courbe thermique est précieuse dans tous les problèmes de gynécologie fonctionnelle
Elle permet de visualiser le déroulement du cycle et de caractériser certains phénomènes pathologiques cycliques (mucorrhée, aigles pelviennes cycliques...).
Elle permet de fixer avec précision la date exacte dans le cycle où doivent avoir lieu certaines explorations: test post coïtal en période immédiatement pré ovulatoire, biopsie d'endomètre au 67e jour du plateau thermique... De telles explorations faites " à l'aveugle ", en ne tenant compte que du jour du cycle, exposent à des erreurs d'interprétation importantes en cas de variations accidentelles, mais bien fréquentes, du jour de l'ovulation.
Elle caractérise les troubles du cycle, et permet tout particulièrement de distinguer, dans le cadre de saignement génitaux anarchiques, les règles vraies (saignement précédé d'un plateau thermique plus ou moins net) de métrorragies (saignement génital sur courbe thermique monophasique).
Elle permet de préciser la période de fécondité féminine essentiellement comprise dans les 3 jours qui précèdent le décalage thermique et le premier jour de ce décalage.
Elle permet de soupçonner une grossesse débutante lorsque " le retard " de règles survient après un décalage thermique qui s'est fait à la date habituelle suivi d'un plateau thermique qui se prolonge au-delà de 16 jours.
Correctement réalisée, la courbe thermique est très rarement en défaut. C'est toutefois éventuellement le cas:
Lors des syndromes fébriles divers, qu'il convient bien entendu de signaler soigneusement;
Chez les personnes qui travaillent la nuit.
Lors de l'administration de composés hormonaux: une dose importante d'estrogènes abaisse la température basale. Au contraire, l'administration de tous les progestatifs injectables ou per os (sauf la rétroprogestérone), et aussi des estroprogestatifs, entraîne pour des raisons évidentes une élévation de température. Il est donc inutile en cas de thérapeutiques de ce type de surveiller la courbe thermique.
En matière de gynécologie hormonale, il n'est pas possible de fixer la plupart des explorations, ni de caractériser la plupart des phénomènes pathologiques sans connaître avec exactitude le déroulement du cycle menstruel. D'interprétation aisée, si elle est correctement réalisée, la courbe ménothermique " visualise" parfaitement le cycle à moindre frais. C'est pourquoi il est en pratique illusoire d'espérer résoudre simplement les problèmes de gynécologie fonctionnelle sans son aide.

 


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